La rafle du 19 octobre 1942 dans l’arrondissement de Dax

Le 19 octobre 1942 a lieu dans les Landes la seconde rafle de Juifs, visant cette fois-ci les enfants. 13 personnes sont arrêtées, 9 seront déportées.

Le 6 octobre 1942 le chef de la SiPo-SD pour la France Helmut KNOCHEN informe les différents services d’un nouveau projet de rafle. Le 7, dans tous les départements de la zone occupée, les Allemands exigent l’arrestation de tous les Juifs étrangers ou « apatrides », désormais sans distinction d’âge ou de sexe. La rafle a lieu le 9 octobre, et les personnes arrêtées sont transférées à Drancy le 15 ou le 16.

Mais dans la région préfectorale de Bordeaux, la rafle est décalée d’une dizaine de jours. Ce sont de nouvelles catégories de Juifs qui sont visées par le programme de déportation des Allemands (Belges, Hollandais, Roumains, Bulgares, Yougoslaves).

Les internements au camp de Mérignac dans les semaines qui précèdent montrent néanmoins que quelque chose se prépare (une trentaine, en provenance de Bayonne, Dax, Mont-de-Marsan, Libourne…).

A Bordeaux, ce sont une quarantaine de personnes qui sont arrêtées les 19 et 20 octobre (alors que la liste allemande comportait 400 noms).

A Bayonne, un rapport préfectoral rend compte de la rafle :

J’ai l’honneur de vous faire connaître que, conformément à vos ordres, les arrestations d’Israélites étrangers, dont les noms m’ont été indiqués, ont commencé dans les premières heures de la matinée du lundi 19 octobre.

Cette rafle concerne 32 personnes sur plusieurs communes : Bayonne, Biarritz, Saint-Jean-de-Luz, Hendaye, etc. Les gendarmes vont même chercher des malades au sanatorium de Cambo-les-Bains.

Dans les Landes, les instructions arrivent le 15 via un télégramme reçu à 15 heures à l’École de D.C.A. de la Marine à Dax. La SiPo transmet au sous-préfet de Dax, qui transmet au préfet. La liste des personnes à arrêter est communiquée au commandant de gendarmerie via le sous-préfet de Dax.

Cette liste de 24 noms se révèle fautive, dans la mesure où elle comporte des personnes déjà arrêtées en juillet ou parties en zone non occupée, dont trois enfants. Elle est corrigée par la préfecture, mais comporte encore des erreurs.

AU final, les policiers et gendarmes français arrêtent 13 personnes (11 arrestations dans l’arrondissement de Dax, plus 2 dans l’arrondissement de Mont-de-Marsan, à Mimizan).

A Dax :

  • Anna/Hanna APLOWITZ épouse LEYTENBERG, née en 1865, de nationalité polonaise. Elle a vécu en Suisse, puis est entrée à la maison de retraite israélite de Hegenheim (68) en 1931, repliée à Dax, au Lanot, en septembre 1939. Libérée le lendemain à midi sur ordre des autorités allemandes (sans doute en raison de son âge et de son état), elle réintègre le Lanot. Les pensionnaires alsaciens du Lanot regagnent Hégenheim en juillet 1946.
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  • Jeanne STERN, épouse KLEIN, née en 1853, nationalité française, réfugiée à Dax en mai 1940 avec sa fille et son gendre (Dora KLEIN et Gustave KARLSRUHER, qui ont fui vers la zone non occupée en août 1942, mais seront arrêtés et déportés en juin 1944), habite avec sa fille 56 cours Joffre. Arrêtée par la police, elle est libérée (car âgée et impotente) le lendemain 20 octobre à midi. Elle entre alors au Lanot et décède le 26 avril 1943 à l’Hôpital (peut-être des suites de son arrestation…).
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  • Zina Anne BERLIN épouse LURIE, née en 1880 en Lettonie, réfugiée à Dax en juin 1940 avec sa fille Elisabeth. Elles habitent 54 cours Joffre (en face de Jeanne et Lucie KLEIN). Elisabeth est arrêtée le 16 juillet 1942 à Dax et déportée à Auschwitz.

A Saint-Paul-lès-Dax :

  • Otto KRAUSS, né en 1882 dans l’empire d’Autriche-Hongrie (Tchécoslovaquie), ingénieur mécanicien. Entré en France en 1938, installé à Dax dès septembre 1939, il habite ensuite la maison Marcadieu à St-Paul-lès-Dax (route de Castets) avec son épouse, sa fille et son gendre (qui fuiront vers la Suisse à l’été 1941).
  • Anna BEER/BERR épouse KRAUSS, née en 1886 dans l’empire d’Autriche-Hongrie (Tchécoslovaquie). Réfugiée à Dax avec son époux, sa fille et son gendre.
  • Estera CZAMANSKI épouse LOTHE, née en 1879 en Pologne. Séjourne en Belgique, puis réfugiée dans les Landes. Son époux décède à Saint-Paul-lès-Dax en mars 1941. Elle habite ensuite route de Castets à Saint-Paul-lès-Dax (avec les KRAUSS ?).

A Capbreton :

  • Stanislas SILBERSTEIN, né en 1869 en Pologne, industriel, ancien maire de Lodz, réfugié en France en 1915. Dans les Landes en 1923, habite la Villa Fleur des Pins à Capbreton, route de Labenne. Hémiplégique.
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  • Paul FRANKFORT dit « FRANSORT », né en 1881 à Paris. Nationalité hollandaise. Marié à une française (non juive). Installé dans les Landes en 1935, habite à Capbreton, la villa « Sous les Pins », rue Emile Aubé. Transféré de Drancy à Cherbourg le 12 août 1943 ? Déporté de Cherbourg à Aurigny par le convoi n° 641 le 11 octobre 1943 (comme conjoint de non juive, parcours semblable à celui de David CHABAS), il est évacué le 8 avril 1944 à Paris (Hôpital Rotschild). Décédé le 20 mai 1963 à Nice (06).

A Hossegor :

  • Salomon ROSENTHAL, né en 1872 en Roumanie. Diplomate, il habite Paris, et vient se réfugier avec son épouse, son fils et sa belle-mère dans leur villa « Loïla » route du Golf à Hossegor en juillet 1939. Relâché au bout de quelques heures sur ordre de la police spéciale allemande, et sur intervention des autorités roumaines, comme « aryen d’honneur », non astreint au port de l’étoile jaune.
  • Génia SLOUTCHANSKI épouse ROSENTHAL, née en 1894 en Russie. Arrêtée puis relâchée avec son mari. Décédée le 25 juillet 1945 à Paris.

Tous sont « ramassés » en bus (cars Danglade) et transférés au camp de Mérignac le 21.

Le 26, ils sont transférés à Drancy. Ce convoi, qui comporte 128 personnes (dont un tiers de Français) est constitué de Juifs raflés à Bayonne/Biarritz, dans les Landes, ainsi qu’à Libourne, Branne, Bordeaux (où l’on a été chercher ceux internés à la prison allemande du Fort du Hâ et les malades de l’hôpital St-André…). Presque tous seront déportés à Auschwitz par le convoi n° 42 du 6 novembre 1942, qui comporte 1000 personnes.

À l’arrivée du convoi à Auschwitz le 8 novembre, 145 hommes et 82 femmes sont sélectionnés pour des travaux forcés. Les autres déportés sont gazés dès leur arrivée au camp. En 1945, on dénombrait 4 rescapés de ce convoi, tous des hommes.

Sources complémentaires :

https://france3-regions.franceinfo.fr/nouvelle-aquitaine/pyrenees-atlantiques/bayonne/cette-famille-juive-a-disparu-du-monde-en-cinq-jours-a-auschwitz-un-historien-revele-une-page-sombre-de-l-occupation-3214088.html