Les grands-parents d’Alain FINKIELKRAUT arrêtés dans les Landes
Terner FINKIELKRAUT

Les grands-parents d’Alain FINKIELKRAUT arrêtés dans les Landes

Le 1er septembre 1942, le directeur du « camp d’internement » de Mérignac René ROUSSEAU informe l’intendant régional de police, le colonel René DUCHON, ainsi que Pierre GARAT de l’arrivée le jour même de trois personnes, envoyées par la « feldkommandantur » de Dax (Dax n’était pas feldkommandantur).

Pierre GARAT est né en 1919 à Dax, chef du service des questions juives à la préfecture de la Gironde sous PAPON.Il devient le directeur de cabinet du préfet des Landes GAZAGNE le 25 août 1943, et sera brièvement sous-préfet de Dax à la Libération. Transféré à Blaye en septembre, il retrouve en 1947 GAZAGNE, devenu secrétaire général du Gouvernement général d’Algérie, dont il devient le directeur de cabinet. Il ne sera jamais entendu par la justice jusqu’à son décès, en 1976),

Garat établit les listes, Garat fait interner les Juifs à Mérignac, Garat commande les autobus, Garat réserve les trains, Garat retient la gendarmerie et Garat fait le compte rendu final de l’opération ».

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Archives départementales de la Gironde


Il s’agit d’Aron FINKIELKRAUT (« Giron FINKELKRANT »), 64 ans, de son épouse Terner (« Zener »), 60 ans, et de Brucha (« Banhac » sur le document) MARBER, 62 ans.


Aron FINKIELKRAUT (alias FINKELKRAUT) est né le 15 octobre 1877 à Varsovie en Pologne (alors dans l’Empire russe), fils de Chil et de Brabin N. Il épouse Terner (dite « Thérèse ») CHELEMER, née le 4 juin 1882 à Gabin en Pologne, fille de Moszek et de Chaya WIGDOROWICH (?). Ils ont deux enfants, Isaac, né en 1902 (?), et Daniel, né en 1904 à Varsovie.
Installé en France, Aron est maroquinier rue Hermann-Lachapelle à Paris (XVIIIe) lors du recensement de 1931, avec son épouse, ses deux enfants (Isaac est maroquinier avec son père), et son beau-frère Israël CHELEMER (né en 1893 en Pologne, commerçant).
A la veille de la guerre, la famille habite au 47 de la rue Albouy (rebaptisée Lucien Sampaix) dans le Xe arrondissement.
Daniel FINKIELKRAUT est arrêté le 14 mai 1941 lors de la « rafle du Billet vert » puis interné au camp de Beaune-la-Rolande (Loiret). Il est déporté par le convoi 5 parti de Beaune-la-Rolande le 28 juin 1942 à destination du camp d’Auschwitz-Birkenau, où il est immatriculé sous le numéro 42967. Il est ensuite transféré au camp de Sachsenhausen (Allemagne) (le 28 octobre 1944 ?) puis le 17 novembre au camp de Dachau en Bavière. Il est affecté au kommando de Kaufering, où il est libéré le 24 avril 1945 (?) par l’armée américaine. Il est rapatrié à Paris le 24 mai. Après la guerre, il épouse Laura POPS. De cette union naît le philosophe et écrivain Alain FINKIELKRAUT, qui a évoqué à plusieurs reprises le destin de ses grands-parents, et le poids que leur disparition fait peser sur son histoire familiale. Daniel FINKIELKRAUT est décédé le 29 juin 1998 à Paris Xe à l’âge de 93 ans.

Brucha MARBER, née JUDT, arrêtée sans doute avec Aron et Terner, est née le 7 ou 15 mars 1880 également à Varsovie, fille d’Isaac et de Riwka ROSENBERG. Son prénom, inconnu dans le corpus des prénoms juifs, est une féminisation du prénom masculin Baruch, car un érudit avait prédit à ses parents qu’ils auraient un fils et qu’il s’appellerait ainsi.
Elle entame des études, mais son père désire la marier à un érudit religieux, Moshe KNORPEL, devenu libraire. Deux enfants naissent, Pauline en 1900 et Hersz (Henri) en 1903. Ce mariage forcé n’est pas heureux, et Brucha s’enfuit avec un homme à Bruxelles, où il l’abandonne.
Divorcée (ce qui est rare à l’époque), elle trouve une place d’employée de maison chez un veuf, Szaya (Sasha) MARBER, né en 1876 à Varsovie (décédé 1954 en Israël), père de 6 jeunes enfants : Fanny, 10 ans, Jeanne, 9 ans, Rachel, 8 ans (décédée prématurément à l’âge de 25 ans), Anna, 4 ans, Julia, 3 ans, et Louis, 2 ans (décédé à l’âge de 18 ans). En 1913, la fille de Brucha, Pauline KNORPEL, restée en Pologne, rejoint le foyer au 55 rue Georges Moreau à Anderlecht, dans la banlieue de Bruxelles.
Deux filles naissent de la liaison de Sasha et Brucha : Ita, née en 1914 à Anderlecht (épouse de Félix GATTEGNO, décédée en 1998,), et Hélène, née 1916, monteuse en tricot (épouse de Jean SALZE, photographe avec Dora MAAR, décédée en 1992).
Sasha et Brucha se marient finalement en 1918.
En 1918, c’est au tour de Hersz KNORPEL, le fils du premier mariage de Brucha, de rejoindre Anderlecht (il est maroquinier en 1936).
En 1926, la famille (les parents, Ita, Hélène et Hersz/Henri) vient s’installer à Paris ; ils habitent 11 rue des Récollets (Xe).
Sasha est monteur en tricots selon le recensement de 1936.
Ils déménagent ensuite au 33, rue des Vinaigriers, toujours dans le Xe (à 100 mètres de chez les FINKIELKRAUT).

Julia (cinquième fille de Sasha, née en 1904) épouse son cousin Henri MARBER (né en 1902). Ils habitent 34 rue des Vinaigriers et ont une fille, née en 1932.
Henri est arrêté par la police française lors de la Rafle du Billet vert et interné à Beaune-la-Rolande en mai 1941. Il est déporté au camp de Theresienstadt le 28 juin 1942, puis à Auschwitz où il a été assassiné.

Myriam et sa mère survivent cachées pendant toute la guerre au 34 rue des Vinaigriers.

Gisèle KANTOF, 17 ans, et son frère Albert, 15 ans, enfants de Jeanne MARBER, suivent les instructions de leur père leur demandant d’aller se cacher à Ambazac (Haute-Vienne), en Zone non occupée, après les premières persécutions contre les Juifs.
Ils prennent le train pour Bordeaux, puis un « tortillard » pour tenter de passer la ligne à Mont-de-Marsan à la fin de l’année 1941. Mais inquiétés par un panneau « Interdit aux Juifs » situé devant la gare, ils préfèrent prendre un car pour Captieux, où ils passent sans problème.

Il est possible que Brucha MARBER ait voulu emprunter le même trajet afin de rejoindre sa fille en Zone non occupée…


Aron FINKIELKRAUT, son épouse Terner et Brucha MARBER sont transférés le 20 septembre 1942 à Drancy et déportés sans retour à Auschwitz par le convoi n° 36 du 23 septembre.


Documents :

Sources :

MALZE (P.), Chroniques extraordinaires d’une famille ordinaire, 2026