Michel Renaud est né le 5 janvier 1922 à Villiers-en-Plaine dans les Deux-Sèvres, fils d’Armand Maurice, boulanger, et de Thérèse Raymonde Geneviève BROTTIER, « ménagère ».
Pendant ses études, il est marqué par un professeur d’histoire, M. Charboneau, qui dénonce « Mein Kampf ».
Survient la guerre. Il accepte difficilement la défaite et l’occupation de son pays. En août 1940, « un officier allemand tire, sans raison apparente, sur la voiture que je conduisais accompagnant ma mère dans sa tournée de pain ». Cet événement personnel ne fait que conforter sa volonté de lutter contre l’occupant.
Un représentant de commerce fréquentant la pâtisserie où il travaille en apprentissage à Niort, M. DELAGE, l’engage à rejoindre son groupe de résistance : écoute de Radio Londres, réunions clandestines, consignes, impression et distribution de tracts, de journaux, graffitis… Mais M. DELAGE est arrêté par la police allemande.
Soutenu par sa famille (ses parents lui donnent « un petit pécule », et il a l’appui de ses oncles instituteurs), il tente de rejoindre la France Libre en Afrique du Nord en février 1942. A Ax-les-Thermes, il contacte un passeur qui lui propose un trajet par l’Andorre. Malgré le paiement d’une grosse somme d’argent, celui-ci le trahit.
La seconde tentative a lieu en Soule, mais la surveillance renforcée de la montagne par la police allemande le fait renoncer au passage.
2 tentatives de passage en Espagne, 2 échecs. « 7 mois de galère sans vrais contacts ».
Le découragement pousse M. Renaud à revenir chez ses parents en zone occupée. Là, un ami, gendarme le décide à signer un engagement dans l’armée d’armistice au titre du 63e R.A. (Maroc). Nouvel échec : l’embarquement prévu à Marseille est supprimé. Dès lors nouvelle affectation : Marmande pour le 150e R.I. Dans ce régiment, M. Renaud se lie avec un camarade, André BARADAT, qui lui donne l’adresse de sa sœur à Dax.
En congé d’armistice, il revient chez lui, où la convocation pour le S.T.O. va arriver. Il refuse et tente à nouveau de passer en Espagne, en se dirigeant vers Dax, où se trouve le seul contact proche de la frontière espagnole dont il dispose : la sœur de M. BARADAT, Marie Jeanne dite Pauline, née en 1906 à Pau, épouse d’Henri LASSERIESE. Ils se sont installés comme aubergistes-salon de coiffure à Dax, avenue Vincent-Depaul, à 100 mètres de la gare.
Le temps de trouver un passeur, Mme LASSERIESE envoie M. RENAUD se cacher chez sa mère au Hameau de Pau pendant dix jours. Elle le rappelle ayant trouvé un contact sérieux : un agriculteur de Saint-Vincent-de-Paul, Georges DEGOS, de la ferme de Libe à St-Vincent-de-Paul.
Ferme Libe
Là, M. RENAUD va rencontrer Léonce DUSSARRAT alias « Léon des Landes », responsable d’un réseau de résistance. Ce dernier lui propose une alternative : le passage en Espagne ou l’entrée dans son organisation de résistance. C’est cette dernière option que choisit M. RENAUD.
Nous sommes au début de 1943.
Dès lors, en tant qu’« agent de liaison du chef départemental ; agent P1», il va mener un nombre important de missions :
La technique du billet coupé en deux avec mot de passe
Entraîner de jeunes équipes aux sabotages ;
Choisir les terrains susceptibles d’être agréés par Londres pour recevoir les parachutages (à entreposer momentanément à la ferme de Libe) ;
Se procurer des vrais faux papiers, certificats de travail, cartes d’identité pour pouvoir mener à bien les différentes missions ;
Le 20 mai 1944, déménager de la ferme de Libe les explosifs et l’armement nécessaires pour équiper un groupe de 40 hommes qui devra agir le jour J ;
7 juin 1944 : deux jours de préparation militaire du groupe Renaud : 42 hommes. Déballage et préparation des armes sorties des containers : nombreux fusils, 1 bazooka, 1 fusil-mitrailleur, grenades et pistolets 9mm, détonateurs, plastic ;
8 et 9 juin 1944 : 4 groupes en opérations de sabotage :
Lieux : route de Dax à Mées, voie ferrée Dax-Bayonne, route nationale Dax-Bayonne, route de la Pince à Magescq
Consignes : abattage des arbres, sabotage des voies ferrées, des liaisons téléphoniques (P.T.T. et S.N.C.F.), des câbles téléphoniques souterrains
9 juin 1944 : sabotage à partir de 1h du matin ; une patrouille allemande est déroutée après une escarmouche
Retour des résistants dans leurs différentes caches ;
11 juin 1944 : destruction par les résistants eux-mêmes de la cache d’armes du maquis de Téthieu (près de la ferme de Libe) suite à une attaque des troupes allemandes ;
Juillet août 1944 : sabotages divers de lignes électriques, téléphoniques, voies ferrées, dépôt d’essence de Saint-Paul-lès-Dax.
Faux certificat de travail au nom de « Depaul »Faux certificat de travail au nom de « Depaul »
Messages codés diffusés à la BBC
A la fin du mois de juillet, Aristide, chef du S.O.E. pour la région de Bordeaux, transmet à Léon des Landes, via l’agent de liaison Henri de MESMAY, l’ordre de faire sauter le train « 146 » au départ de Saint-Jean-de-Luz, train qui doit transporter vers le front de Normandie les batteries Ba 49, puissantes batteries de 4 canons de 240mm sur voie ferrée, répartie en 2 batteries jumelles E664 et E674. Le point choisi pour la destruction est le P.K. 93, entre le passage à niveau 122 et la halte d’Ondres sur la commune de Tarnos, dans le secteur d’André BOUILLAR alias « Dédé Le Basque », absent car affecté dans le Blayais.
Le 30 ou 31 juillet : je suis à Biron, chez Madame CAZEAUX, près d’Orthez ; l’ordre d’exécuter la mission m’est transmis par « André » (M. MAILHE, industriel à Orthez), provenance Léon, avec code de reconnaissance, moyen de transport et correspondant à Dax.
1er aout : départ d’Orthez en camionnette avec « André », arrivée à Dax au Sablar, il me dépose chez OCHAGARAY (représentant en farines « moulin Larran ») vers 16 heures, le temps de changer de véhicule, je suis embarqué à l’arrière d’une fourgonnette chargée de vieux chiffons, après un parcours difficile dans ce véhicule de chiffonnier je suis pris en charge par « Rémi » (DUMONT) hôtel de la Poste à Capbreton (hébergement 1 ou 2 jours ?).
3 aout : très tôt le matin « Rémi », en allant faire son marché à Bayonne m’accompagne avec le matériel : plastic, cordon Bickford rapide et lent, aimants, détonateurs, crayon, crapauds, chatterton noir, le tout dans deux musettes kaki. Rémi me dépose près de l’église du Boucau, et je me rends chez Raymond CHACATON [1]né en 1911, membre du réseau Jade-Amicol, inspecteur de police au Boucau, que « Rémi » ne connaît pas.
Après-midi : repérage avec CHACATON (accès, emplacement, repli).
5 aout : avec CHACATON, je prends contact avec l’ingénieur des chemins de fer chargé de l’exploitation du trafic, son bureau est dans uns tour de la gare de Bayonne : « horaire prévu pour le train mixte du 7 aout : 20h / 20h30 ».
6 aout : confirmation par CHACATON, « par même source » : heure 20h15 / 20h30, avec possibilité de locomotive balai.
7 aout : 16h30 / 17h, CHACATON m’accompagne sur les lieux et repart à son domicile, je dépose mon vélo à 100m environ de la voie et je fais l’approche dans les bois et fourrés qui sont assez épais jusqu’au ballast de la voie ferrée. « Attente éprouvante, 2 longues heures en état d’alerte, dans les fourrés ».
19h30 environ : mise en place du cordon Bickford entre le rail et le ballast, ensuite les charges de plastic, le silence complet dans ce coin de nature, jusqu’au moment où revenant dans le bois pour prendre les détonateurs que j’avais laissés dans leur boite. Un homme de 45/50 ans s’avance en sifflant, un vélo à la main, instinctivement je pointe mon colt, c’était certainement un cheminot ou un ouvrier qui rentrait à son domicile ; tout tremblant, il écouta mes ordres et mes menaces, ce fut très bref et je lui ordonnais de partir en lui offrant un paquet de cigarettes.
Après cet incident, un bref moment de concentration et je termine mon dispositif de mise à feu, sauf les 2 percuteurs crayons et les 2 détonateurs crapauds qui seront placés 10 à 15 minutes avant l’heure H « 35 à 40 minutes d’attente très dure ».
20h10 environ : mise en place des détonateurs percuteurs.
20h30 : retour chez l’inspecteur Raymond CHACATON, qui m’attend avec impatience ; presqu’immédiatement, il est prévenu du déraillement d’un train, il se rend sur les lieux en sa qualité d’officier de police, et c’est vers 22h qu’il me confirme la réussite de ma mission.
Plan des lieux du sabotage du 7 août de la main de Michel RENAUD – Archives CPRD
8 aout : CHACATON m’accompagne au commissariat de Bayonne, je suis pris en charge par un jeune policier qui me conduit à l’hôtel-restaurant de « la Femme sans Tête », sur les bords de la Nive où j’ai séjourné 2 ou 3 jours sans sortir de ma chambre. .
9 ou 10 aout : « Francis » (André VALLET) m’accompagne à Saint-Martin-de-Seignanx (chez un boucher-boulanger) sur la nationale 117, j’ai le souvenir de 2 magasins côte à côte, j’ai dû y séjourner 2 jours pour rejoindre ensuite Dax, chez Mme Henri, « Jeanne LASSERIESE» qui avait un bar-salon de coiffure à 100m de la gare de Dax et, ensuite, le P.C., à Benquet près de Mont-de-Marsan pour d’autres missions.
Le matériel de sabotage en 1944
Pour sectionner un rail de l’époque, les manuels du SOE recommandaient de mouler environ 500 à 800 grammes de plastic sur le flanc du rail, maintenus par un crapaud ou un bandage. L’objectif n’était pas de détruire des kilomètres de voie, mais de briser un segment de 30 à 50 centimètres juste avant le passage du train. Lancé à pleine vitesse, le convoi s’engouffrait dans la brèche et déraillait, bloquant la ligne pendant des jours.
Le plastic (PE2 ou Nobel 808)
Livré par parachutage britannique, cet explosif malléable était une révolution. Contrairement à la dynamite, il ne craignait pas l’humidité, était stable et pouvait être moulé directement contre le rail pour maximiser l’effet de souffle.
Les crapauds
Ce terme désigne des moules ou pinces de fixation en métal (souvent appelés crapauds d’amarrage ou pinces d’ancrage). Ils permettaient de fixer instantanément et rigidement la charge de plastic sur le patin du rail, garantissant que l’explosion brise l’acier au passage du train.
Les aimants
Utilisés pour le sabotage des locomotives au dépôt ou lors des arrêts en gare. Les résistants y fixaient des charges magnétiques (comme les Clam Mines) sur les réservoirs, les chaudières ou les essieux.
Le crayon (allumeur à temps)
Le fameux crayon allumeur britannique (Time Pencil ou allumeur Switch No. 9). Le saboteur écrasait l’extrémité du tube en cuivre pour briser une ampoule d’acide. L’acide rongeait un fil d’acier retenant un percuteur. Lorsque le fil rompait, le percuteur frappait une amorce, déclenchant la détonation après un délai précis (de quelques minutes à plusieurs heures), permettant au résistant d’être loin lors de l’explosion.
Les détonateurs
Insérés directement dans le plastic, ils recevaient l’étincelle de la mèche ou la percussion du crayon pour provoquer l’onde de choc nécessaire à l’explosion de la charge principale.
Le cordon Bickford
• Le lent servait à créer une mèche de sécurité classique (allumage manuel par le saboteur qui s’enfuit). • Le rapide (ou cordeau détonant) servait à relier plusieurs charges entre elles (par exemple, sur les deux rails parallèles) pour qu’elles explosent exactement à la même microseconde, assurant le déraillement complet de la locomotive.
Il participe ensuite aux combats de la Libération :
Affectation au bataillon des Landes avec participation aux combats de la Pointe de Grave en avril 1945.
Avec le 34e d’infanterie, Michel RENAUD prend part aux combats de la poche de Saint-Nazaire, à la campagne d’Alsace et à l’occupation en Allemagne.
Michel RENAUD est libéré fin novembre 1945, promu sous-lieutenant de réserve (lieutenant le 9 décembre 1948 et capitaine le 1er janvier 1955).
De retour d’Allemagne, M. RENAUD est mis à la disposition des autorités départementales des Landes, et affecté à différentes missions jusqu’au ministère de la guerre à Paris.
Après la guerre, M. RENAUD épouse en 1946 à St-Geours-de-Maremne Marie Jeannine DASSÉ et s’installe en Béarn, où il crée une famille, développe une entreprise de pâtisserie-chocolaterie de haute renommée. Il porte aussi son témoignage auprès des jeunes en tant que membre du comité du Concours National de la Résistance et de la Déportation.
Retrouvailles avec « Aristide »
Il est décédé le 24 septembre 2018 à Lons (64), à l’âge de 96 ans.
Décorations :
Légion d’Honneur, 1973.
Ordre national du Mérite, 1980.
Croix de guerre 39/45, 2 citations.
Médaille de la Résistance, 1 citation.
Croix du combattant volontaire 39/45, 1 barrette.
Croix du combattant.
Croix du combattant de la Résistance.
Sources :
Article de Claude CHADELLE sur le site de l’association « Les Basses Pyrénées dans la Seconde Guerre mondiale » : https://www.bpsgm.fr/renaud-michel/
Michel RENAUD, originaire des Deux-Sèvres, après avoir tenté de rejoindre la France Libre en Afrique du Nord, s’engage dans la Résistance landaise aux côtés de « Léon des Landes » et est l’auteur de nombreux sabotages, dont celui de Tarnos le 7 août 1944. Retrouvez son parcours ici.
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