Roger Landes alias « Aristide » alias « René Pol »
Roger Landes alias "Aristide"

Roger Landes alias « Aristide » alias « René Pol »

Il naît le 16 décembre 1916 à Paris XIIe, 15 rue Santerre (Hôpital Rothschild), fils de Barnett, un bijoutier d’origine juive polonaise installé à Paris, et d’une mère russe, Chaja Feiga dite « Anna » Poldowski, domiciliés 7 rue de la Main d’Or (XIe).

Il fait ses études à Paris (architecture à l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs), avant de rejoindre son père à Londres en 1938 ou 1939, où il est métreur au service de l’urbanisme de la municipalité (il s’occupe en particulier des réparations des nombreux dégâts liés au « Blitz » en 1940).

Il est enrôlé dans les Transmissions en mars 1941, mais recruté début 1942 par le S.O.E. (Special Operations Executive) de Maurice Buckmaster en tant que « radio » (il parle mieux français qu’anglais, maîtrise le langage Morse, etc.).

Le 1er novembre 1942, il est parachuté dans la région d’Orléans et rejoint à Bordeaux le Réseau Scientist (avec le nom de code « Stanislas ») et ses responsables Claude de Baissac (du S.O.E., parachuté en août) et André Grandclément (de l’O.C.M.). Il assure les liaisons radio avec Londres et a comme « courrier » la jeune Ginette Corbin, pharmacienne à Bordeaux, dont il tombe amoureux.

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Ses postes émetteurs risquent sans arrêt d’être détectés par les Allemands. Un jour, il échappe de peu à l’arrestation en fuyant sur son vélo, recevant même l’aide d’un officier allemand lorsque la valise contenant son poste tombe du porte-bagages !

L’Affaire Grandclément porte un coup fatal au réseau, et Roger Landes doit passer en Espagne en novembre 1943 (en train jusqu’à Ychoux, puis en voiture par Biscarrosse, Tarnos, Bayonne, à pied par la montagne et Vera de Bidasoa). Après un séjour de 2 mois dans le camp de Miranda del Ebro, il peut regagner la Grande-Bretagne, où il atterrit, depuis Gibraltar, en janvier 1944.

Promu capitaine, il est à nouveau parachuté, à Marsan (Gers) en mars, et regagne Bordeaux, où il monte le réseau Actor, chargé cette fois-ci de coordonner l’action des groupes de résistants, d’organiser les parachutages d’armes et de matériel pour la Résistance, dans la perspective du débarquement (y compris dans l’ancienne zone occupée des Landes). Son nom de code est « Aristide ».

aristide landes roger

Il recrute dans les Pyrénées-Atlantiques André Bouillar (dit « Dédé le Basque »), dans le Sud bordelais Alfred Tronche (ingénieur d’essais à Biscarrosse), dans les Landes Léonce Dussarrat (dit Léon des Landes) et Henri de Mesmay (contact rétabli le 8 avril) ; d’autres responsables sont nommés, comme Julien André à Ychoux. Environ 300 hommes sont recrutés par Actor.

Au moment du débarquement, ce sont 5.000 hommes qui sont armés et prêts à passer à l’offensive.

« Aristide » est informé, le 13 juin, par le colonel Buckmaster, que tous les Corps francs et maquis étaient désormais rattachés aux Forces Françaises de l’Intérieur et qu’en attendant l’arrivée d’un Délégué Militaire Régional, il exercerait, en tant que représentant du SHEF (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force), toute l’autorité au nom du général Koenig. C’est Charles Gaillard alias « Triangle » qui est désigné peu après comme délégué militaire pour la région B et arrive sur le terrain à la mi-juillet. Les dissensions sont nombreuses entre les trois chefs militaires régionaux, « Aristide » (nommé major), « Triangle » et le général Morraglia, nommé par le COMAC (Comité d’Action Militaire).

Le 27 juillet 1944, Grandclément est exécuté par Roger Landes et son équipe au Muret (Saugnacq-et-Muret).

« Aristide » est présent à la libération de Bordeaux le 28 août. Le général de Gaulle, venu dans la capitale girondine le 17 septembre, lui donne 48 heures pour quitter le territoire (4.000 hommes se massent alors sous les fenêtres de Landes et scandent son nom en signe de soutien). L’injonction lui est répétée par André Diethelm, ministre de la Guerre de de Gaulle, et le garde du corps d’Aristide manque d’abattre le ministre ! Son état de santé l’oblige cependant à rester à Dax jusqu’à la fin du mois, mais il rejoint finalement la Grande-Bretagne le 10 octobre, où il est opéré de la vésicule biliaire..

Il est ensuite volontaire pour une mission en Asie du sud-est afin d’accompagner les résistants chinois communistes dans leur combat contre l’occupation japonaise (il y reste d’avril 1945 à janvier 1946).

Il reçoit la Military Cross (avec barrette) et la Croix de Guerre.

Revenu à Londres, il épouse Ginette Corbin en juillet 1947 (un fils) et retrouve son poste au service de l’urbanisme de la ville de Londres, avant de reprendre l’activité paternelle de bijouterie.

En août 1950, il est invité à Bordeaux par Jacques Chaban-Delmas, qui lui remet la croix de la Légion d’honneur (décernée en 1948) lors d’une cérémonie réunissant au Grand Théâtre la population bordelaise, les édiles et les anciens de la Résistance.

Dans les années 70, il est décoré de la Croix de Combattant Volontaire de la Résistance des mains du maire de Mont-de-Marsan Charles Lamarque-Cando.

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Avec ses anciens camarades landais résistants (Archives CPRD)

La Médaille de la Résistance lui est aussi attribuée, et il vient la recevoir à Bordeaux en 1992.

Il habite dans la banlieue londonienne et est décédé le 16 juillet 2008.


Sources :

https://en.wikipedia.org/wiki/Roger_Landes

https://cmsm.co.uk/documents/special-operations-executive-soe-major-roger-landes (Combined Military Services Museum, rapports et archives)

https://www.iwm.org.uk/collections/item/object/80008437 (Imperial War Museum, interview)

https://pupille-orphelin.fr/2019/08/09/roger-landes-un-anglais-resistant-francais