Henri BRAUN
Henri Braun

Henri BRAUN

Henri Albert BRAUN (alias Bernard BARET, alias Paul COLAS, alias « Petit Paul ») est né le 13 avril 1924 à Krefeld en Allemagne (sur les bords du Rhin, au sud-ouest de Duisbourg).

Sa famille s’installe à Toulouse vers 1925 et habite 69 rue des Récollets (aujourd’hui rue Achille Viadieu).

Henri BRAUN devient ingénieur, dessinateur, et appartient aux Éclaireurs de France, où il se constitue un réseau qui lui sera bien utile dans la clandestinité.

Il est employé à partir de septembre 1941 au bureau d’études des établissements Cabirol frères « Chaudronnerie et Constructions Métalliques » à Toulouse. Il y fabrique clandestinement des éléments d’un prototype de char de combat français destiné à être produit après la Libération.

Au début du mois de mars 1943, il entre en contact avec Jules PECHEUR, industriel vosgien (né en 1900 à Nancy) replié à Bascons (Landes), puis à Toulouse au printemps 1941, créateur d’une entreprise de transport et de construction de véhicules gazogènes (les Ateliers Vosges-Pyrénées), et résistant dans l’Armée Secrète (chef du 4e bureau), responsable du groupe franc « Combat » de Toulouse après la dissolution de l’armée d’armistice (novembre 1942). Jules PECHEUR fournit des camions pour transporter des armes et des munitions, qui sont ensuite cachées jusque dans ses propres locaux. Son entreprise est autant un parc automobile de l’Armée Secrète qu’un lieu de transit pour les réfugiés en instance de passage à travers les Pyrénées. Jules PECHEUR accueille de nombreux réprouvés, des Juifs, des réfractaires au STO, des résistants… et il les cache dans une exploitation forestière qu’il possède dans l’Aude, ainsi que dans une autre située dans les Landes.

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Jules Pêcheur en 1943

Dès le 1er avril, dans un camion rempli d’un chargement de gazogènes, il part vers les Landes afin de convoyer des armes, camouflées dans la région de Saint-Gaudens, qu’il récupère à Tarbes. Il s’agit de 3 tonnes de mitrailleuses Hotchkiss, de fusils mitrailleurs et de mousquetons, répartis dans 8 caisses. Le voyage est émaillé de divers incidents : contrôle par un feldgendarme, qui, heureusement, ne cherche pas plus loin que les gazogènes, panne qui oblige à finir le voyage en 3e vitesse, etc.

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Une mitrailleuse Hotchkiss

Après avoir passé Aire-sur-l’Adour et Cazères, le camion arrive enfin au Vignau vers 21 heures.

Les armes y  sont dissimulées dans la scierie de Gabriel DARGELOSSE (né en 1908 à Pontonx, par ailleurs exploitant forestier et épicier à Larrivière), sous un tas de sciure, en bordure de la D. 934. Jules PECHEUR avait fait sa connaissance en 1939/1940 lorsqu’il était réfugié dans les Landes. L’équipe landaise se compose également d’Alban LABOUDIGUE (né en 1909 à Bégaar), employé à la scierie, et d’ouvriers de l’usine, tous réfugiés alsaciens et/ou réfractaires du S.T.O. :

  • René BAYLE (né en 1921 à Geloux)
  • René LACOUTURE, contremaître
  • Pierre REY, né en 1922 à Folgensbourg (Haut-Rhin)
  • Aloyse TROMMER, né en 1920 lui aussi à Folgensbourg
  • Arthur FRANTZ (beau-frère de Gabriel DARGELOSSE), né en 1915 à Ranspach-le-Bas (Haut-Rhin)

Henri BRAUN reste à la scierie pour y travailler, afin de ne pas éveiller les soupçons. Et la nuit, il faut remettre en état les armes, car elles ont été enterrées un certain temps, et l’humidité les a endommagées.

Une caisse de mousquetons est dissimulée chez M. DESCAT, instituteur au Vigneau (ces armes seront livrées le 6 juin à Saint-Mont au M.N.P.G.D. de René CHEVAL), mais le reste de la cargaison doit être déplacé pour plus de sécurité et est chargé dans un camion.

Mais à Toulouse, le 13 mai, la Gestapo, grâce à un agent double (Bernard MECHEROWSKY, condamné à mort en 1946), opère des arrestations à l’usine de Jules PECHEUR (qui parvient, lui, à fuir en ouvrant le feu, et fait prévenir Gabriel DARGELOSSE ; il se réfugie un temps dans les Landes avant de gagner le Gers). Au total, 13 personnes sont arrêtées à Toulouse et dans les chantiers forestiers de l’Aude (le 15) et des Landes, trois s’évaderont, dix seront déportées et sept ne reviendront pas.

Le 17 la scierie du Vignau est investie par une trentaine de soldats allemands de la « Division Hermann Göring » (unité blindée de la Luftwaffe), alors à l’entrainement à Mont-de-Marsan, tandis que des motards de la feldgendarmerie bloquent les routes. Les arrestations sont opérées par des hommes de la Gestapo de Toulouse et de Mont-de-Marsan. Henri BRAUN est arrêté avec René LACOUTURE, car ils n’avaient pas été prévenus à temps. BRAUN est trouvé porteur d’un pistolet dont il n’a pas eu le temps de se débarrasser. Il est menotté et frappé. Poussé dans une voiture, ils passent par Grenade, puis Larrivière, où René BAYLE est à son tour arrêté dans l’épicerie de Gabriel DARGELOSSE. Retour au Vigneau, où ils trouvent le reste de l’équipe, arrêtée, avec le camion (qui avait été vidé de ses armes, cachées sur un chantier forestier de LABOUDIGUE, en forêt de Lussagnet, mais qui ont été retrouvées par les Allemands). Gabriel DARGELOSSE, prévenu, choisit néanmoins de se rendre à la scierie afin de ne pas éveiller les soupçons. Il est arrêté.

Tous sont conduits en voiture à Mont-de-Marsan, au siège de la Gestapo (« au château de St-Jean-d’Août », lieu qui reste à identifier… sans doute s’agit-il plutôt de la Villa Mathilde, siège officiel de l’antenne montoise du SD), à 8 heures. Ils sont durement interrogés et doivent rester au garde à vous pendant 12 heures. Alignés le long d’un mur du parc, ils pensent leur dernière heure venue. Ils sont finalement emmenés à Toulouse dans le camion contenant les caisses d’armes, escortés par une voiture blindée.

Partis à 21 heures, ils y parviennent à 4h30.

Les armes sont déchargées Rue Maignac (depuis rue des Martyrs), les hommes conduits à la cour d’assises rue des Fleurs, puis incarcérés à la prison militaire Furgole, place des Hauts Murats. Ils y sont enfermés, avec une quinzaine d’autres résistants, dans une étroite cellule munie de châlits et de latrines.

R. LACOUTURE et R. BAYLE (décédé en 1989) sont envoyés en Allemagne pour le S.T.O., les trois Alsaciens déportés, REY le 6 avril 1944 à Mauthausen (décédé le 8 juillet au kommando de Melk lors d’un bombardement), TROMMER le 8 avril à Mauthausen (rapatrié en mai 1945), FRANTZ le 27 avril à Auschwitz, Buchenwald (14 mai 44) et Flossenburg le 25 mai (il a survécu).

Le 31 juillet, Henri BRAUN parvient à s’évader de la prison dans des conditions rocambolesques, en compagnie de G. DARGELOSSE et A. LABOUDIGUE.

Retrouvez le récit d’Henri BRAUN ici.

Après quelques jours dans diverses planques à Toulouse, les évadés sont convoyés jusqu’au Houga dans la voiture d’Abel SEMPÉ, grossiste en armagnac, et regagnent les Landes le 16 août. Henri BRAUN est hébergé à Lussagnet (jusqu’au 2 septembre chez Albert LABROUCHE), puis à Grenade (jusqu’au 10 septembre chez Gabriel CAZEAUX, antiquaire), et entre ensuite en relation avec M. MIREMONT, chef de cabinet de la Préfecture de Mont-de Marsan et résistant au sein du mouvement Libération, qui le cache chez lui (jusqu’au 10 octobre) puis à l’Usine Hinard-Molesini (jusqu’au 10 décembre). Mais craignant d’être reconnu par le capitaine allemand qui l’avait arrêté, il est ensuite hébergé à nouveau à Grenade du 10 au 14 décembre, puis à Souprosse (chez Pascal GAUZERES, beau-frère de Mme CAZEAUX) jusqu’au 15 février 1944.

Par l’intermédiaire de Pierre VILLENEUVE, instituteur, qui l’héberge quelques jours, il intègre début mars 1944 le bataillon Arthur (FTPF), en passant par Betbezer, Losse et Lubbon.

Sous le nom de « Petit Paul », il combat au sein de ce maquis (combats d’Allons, Houeillès, Casteljaloux, Durance, Arx, Meylan, Gueyze et Sos).

Le bataillon Arthur (« Arthur » était le pseudonyme d’un résistant communiste tué le 9 octobre 1943 sur le parvis de l’église Saint-Hilaire à Agen), créé au début de 1944, a disséminé des groupes dans tout le sud-ouest du Lot-et-Garonne. A Arx, depuis la mi-juin, sont stationnés plusieurs groupes de résistants, dont ce groupe de FTPF d’une quinzaine d’hommes, sous le commandement d’Odet LESCOUT et d’Henri BRAUN, responsable technique.

Le 20 juillet les Allemands mènent une opération de représailles depuis Mont-de-Marsan. La colonne allemande qui se dirige vers Arx est composée de 300 hommes environ et 17 véhicules. Ils sont attaqués par le Groupe « Arthur », appuyé par la 2e compagnie du Bataillon de l’Armagnac (et des guérilleros espagnols, que BRAUN a convaincu d’intervenir).

Les Allemands brûlent un château, des fermes et des maisons, pillent une épicerie, prennent des otages, et tuent deux civils.

Les combats avec les groupes de la Résistance sont intenses. Ils se poursuivent le lendemain

Le bilan fait état d’une vingtaine de morts et d’une quarantaine de blessés côté allemand,  8 chez les FTPF, dont les jeunes René JUZANX et Victor LANFRANCHI, du groupe LESCOUT-BRAUN, surpris et tués malgré leur tentative de fuite.

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Le reste du groupe « Arthur » intègre ensuite le Groupe-Franc 13 et participe à la libération d’Agen le 19 août 1944, occupant la préfecture, la Banque de France et la poste centrale. Son effectif est alors de 290 hommes. Après avoir défilé devant le général de Gaulle à Toulouse, la quasi-totalité des hommes du GF 13 signe son engagement pour poursuivre la guerre, intégré à la brigade légère Garonne (compagnie d’accompagnement du 2e Bataillon), commandée par le colonel MONTANET, et qui rejoint la Première Armée française du général de Lattre de Tassigny. Les hommes du GF13 sont ensuite versés au 4e RTT (Régiment de Tirailleurs Tunisiens, rattaché à la 3e Division d’infanterie Algérienne), combattent sur le front des Vosges et participent à la libération de Strasbourg et de sa région.

Au cours de la journée du 18 mars 1945, le général de Lattre de Tassigny rend visite au général Devers à Phalsbourg afin de planifier l’attaque sur le Palatinat ainsi que l’élargissement vers l’ouest de la zone d’action française. La 3e Division d’Infanterie Algérienne et la 5e DB forment alors ce qu’on appelle le  » groupement de MONSABERT « , du nom de son célèbre commandant (décédé en 1981 à Dax).

Le 19 mars au matin, des éléments du CC 6 (Combat Command américain) et du 3e escadron du 4e RTT (Régiment de Tirailleurs Tunisiens) pénètrent dans Lauterbourg dont le pont est détruit. Après une préparation d’artillerie, la 6e compagnie du 4e RTT franchit avec succès le Lauter (qui sert de frontière) sous le feu des défenseurs de Scheibenhardt.

Henri BRAUN a ainsi l’honneur d’être parmi les premiers soldats français à pénétrer sur le sol allemand (compagnie du Capitaine Sahuc). Après s’être heurté à la « Ligne Siegfried », le « groupement de Monsabert » est dissous, ses éléments repassant aux ordres du 2e corps le 26 mars 1945. Ils participent enfin à la prise de la ville de Stuttgart, pour y fêter l’armistice du 8 mai 1945.

Henri a alors le grade d’aspirant de réserve.

Il obtient la nationalité française en septembre 1946. Il habite alors Toulouse, s’installe ensuite à Villerupt (Meurthe-et-Moselle), puis à Doulaincourt (Haute-Marne).

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Il est décoré de la Médaille de la Résistance le 31 mars 1947

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Il termine capitaine de réserve en 1961.

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Il est décédé à Toulouzette, où il s’était retiré, le 23 octobre 1986.