Le document : Liste des victimes civiles de Dax exécutées par les Allemands (17 janvier 1945)

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Ce document, issu des archives du CPRD, est la réponse du maire (président de la délégation spéciale municipale) de Dax à une demande d’information de la part du directeur départemental du C.O.S.O.R. à Mont-de-Marsan, installé place de la Poste, en la Maison du Prisonnier et Déporté (courrier signé d’un adjoint délégué).

Le maire (faisant fonction) est alors Charles RICHARD (directeur des Mines de potasse), nommé à la Libération, et qui sera remplacé en mai 1945 par Eugène MILLIES-LACROIX.

Le C.O.S.O.R. était le Comité des Œuvres Sociales de la Résistance.

« Les œuvres sociales de la Résistance sont nées dans la clandestinité, en réaction aux premières arrestations survenues au sein des mouvements, afin d’aider les victimes de la répression allemande et leurs familles. De premiers services d’entraide sont alors créés, au sein de Combat, puis des Mouvements Unis de Résistance, au Front national et dans les organisations de zone nord. À l’instigation de Jacques BINGEN, c’est au père jésuite Pierre CHAILLET (secondé par Marcelle BIDAULT, de Combat, et Marie-Hélène LEFAUCHEUX, de l’Organisation Civile et Militaire), qu’est confiée en 1943, par le Comité Français de la Libération Nationale, la mission d’opérer l’unification de ces services en mettant sur pied un organisme national chargé de secourir toutes les victimes de la lutte clandestine.

Le C.O.S.O.R., subventionné par le budget de la Résistance et doté d’un réseau national d’assistantes sociales (coordonné par Marcelle BIDAULT), peut apporter aux internés, aux déportés, aux familles durement éprouvées par les arrestations et les fusillades, le réconfort d’une aide matérielle et morale.

En février 1944, Alexandre PARODI, délégué du général de GAULLE, crée officiellement le Comité des Œuvres Sociales des Organisations de la Résistance. Présidée par le père CHAILLET, l’association est déclarée à la préfecture de police le 16 janvier 1945 et, grâce à la constitution d’antennes départementales, son action s’étend à la France entière, avec pour mission de

secourir, sans distinction de race, d’opinion ou de confession, toutes les détresses nées de l’oppression nazie.

Des colis sont envoyés aux détenus des prisons et des camps de concentration, des centres de ravitaillement clandestins sont organisés dans les grandes villes.

Avec la Libération, l’action du COSOR se fait au grand jour et prend une extension croissante.

Le COSOR, qui dépend aussi officiellement des Présidents de la République, des chefs de gouvernement, et des ministres concernés (Anciens Combattants et Victimes de guerre, Santé, Intérieur, et à l’époque aussi, le Travail), doit alors faire face aux charges énormes que représentent les déportés rentrant d’Allemagne, dont la santé avait été profondément ébranlée, les familles des fusillés, internés, et déportés morts en Allemagne, laissant parents, ascendants, veuves, mères de famille nombreuses, orphelins, qu’il fallait élever et former.

 La législation prévoyait bien pour la plupart de ces victimes un régime de pensions ou de mesures appropriées à leur cas (veuves, ascendants, pupilles de la Nation), mais sans en sous-estimer la valeur, on doit bien reconnaître que dans beaucoup de cas, cette aide était notoirement insuffisante.

 Enfin, certaines catégories de victimes, non bénéficiaires du régime des pensions, ne pouvaient être abandonnées, par exemple les orphelins d’étrangers ayant combattu dans la Résistance.

Bien que la subvention du Gouvernement soit supprimée le 1er juin 1947, date à laquelle l’Office National des Anciens Combattants se voit confier la charge toutes les victimes bénéficiaires d’une pension, le COSOR, reconnu d’utilité publique par décret du 1er août 1951, continue durant des décennies à porter assistance aux familles d’internés, de déportés et de fusillés. Il gère plusieurs maisons d’enfants pour les orphelins de la Résistance et des maisons de retraite médicalisées, suscite des marrainages, distribue des bourses d’apprentissage et d’études, ou apporte simplement des secours en nature, vestiaire, alimentation ou médicaments. Grâce à ces diverses actions, de nombreux cas isolés, échappant totalement ou partiellement au bénéfice de la législation sur les pensions, peuvent ainsi recevoir assistance.

C’est l’unique institution résistante qui a survécu à l’après-guerre.

Finalement, entre 2007 et 2012, l’héritage matériel et moral du C.O.S.O.R. est transmis à la Fondation de la Résistance et à la Fondation pour la Mémoire de la Déportation ».


Les victimes dacquoises, au nombre de 9, sont :

Jacques DUMAS, Jean-Baptiste CAPDEBOSCQ, Charles BOUZATS et André ANNE, faits prisonniers lors de l’attaque du maquis de Téthieu, fusillés pas les Allemands le 13 juin 1944 au Bois de Boulogne.

Eugène MOREAU, Léon LABAT et Gaston DALEAU, morts lors des mêmes combats le 11 juin.

Camille BOUVET, membre du réseau de Résistance « Alliance », arrêté le 16 mai 1942 à Dax, et fusillé le 30 novembre au Mont-Valérien.

Le cas de René SUSBIELLE est différent : il est né le 5 novembre 1906 à Bordeaux, fils de Jean-Baptiste, ébéniste (né à Dax) et d’Amélie PALIS (née à Tercis). Orphelin de père à l’âge de 8 ans (son père est mort pour la France en septembre 1914), pupille de la Nation en 1921, il est successivement ébéniste pour le compte des Nouvelles Galeries à Dax, entrepreneur/chef de chantier dans le Tarn-et-Garonne, et épouse en 1939 à Bordeaux Yvonne PORTE.

Installé à Paris, il est vendeur de TSF, et avec deux comparses ils se font passer pour des policiers et se livrent au vol.

Ils sont arrêtés en juin 1942 par la police allemande et comparaissent le 28 septembre devant le tribunal du Gross Paris.

Condamnés à mort pour « abus de pouvoir », ils sont fusillés le 3 novembre 1942 au Mont-Valérien, un mois avant Camille BOUVET. Enterré le jour même au cimetière d’Ivry-sur-Seine, René SUSBIELLE est réinhumé après la guerre dans le cimetière de Dax en 1947. Son nom figure sur le monument aux morts dans le parc devant la mairie.
Sa mère (domiciliée 30 cours Joffre à Dax), entreprend après-guerre des démarches pour obtenir le titre d’« Interné Résistant » pour son fils. Un avis défavorable est rendu. Par lettre du 20 juillet 1964, le ministère motivait ainsi sa réponse : « Il ne résulte pas que l’intéressé ait été interné pour une cause autre qu’une infraction de droit commun». On doit néanmoins souligner la sévérité de sa peine.

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Registre des inhumations d’Ivry-sur-Seine

D’autres documents du C.O.S.O.R. des Landes nous font connaître d’autres noms de victimes liées à Dax (le critère pour l’attribution des secours semble être le domicile dacquois des familles) :

« Déportés décédés » :

  • Georges DUCERISIER, né le 20 octobre 1911 à Bordeaux, orphelin de père à l’âge de 4 ans, épouse en 1935 au Boucau Marie GIL (remariée à Dax). Lieutenant-colonel, domicilié à Châlon-sur-Marne, il est résistant dans le réseau Jade-Amicol, arrêté le 23 décembre 1943 à Reims, interné à Compiègne, déporté le 21 mai 1944 au camp de Neuengamme, où il décède le 20 juin (du « diabète »). Il laisse deux fils de 8 et 4 ans. « Famille bien » note le document, domiciliée avenue Jules Bastiat à Dax. Médaille de la Résistance en 1960.
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Georges Ducerisier le jour de son mariage – Geneanet
  • Alphonse Jean dit « Fanfan » LABORDE, né en 1925 à Labatut, domicilié à Dax, Cité du Gond, membre du réseau Alliance, arrêté en décembre 1943 et déporté sans retour avec l’Abbé BORDES.

« Fusillés » :

  • Marcel DUPLAA, né le 18 avril 1907 à Bordeaux, fils de Paul, teinturier au Bouscat, et de Catherine DUVERGER (née à St-Pandelon). Orphelin à l’âge d’un an, il devient agent d’assurances dans la Meuse, marié en 1932 à Verdun avec Marie Louise Suzanne MERCIER. Domicilié à Dax, 48 avenue Georges Clémenceau, travailleur civil en Allemagne, il est à Münich/Allach (un kommando de Dachau) en juin 1943, guillotiné le 12 août 1943 à la prison de Münich-Stadelheim (là où quelques mois plus tôt avaient été exécutés les jeunes Hans et Sophie SCHOLL, du réseau de résistance de la Rose blanche). Charge de famille : 3 personnes

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Acte de décès de Marcel Duplaa (mention « mort pour la France » annulée 5 mois plus tard) – AD 40

  • Marcel DISCAZEAUX alias « Tête d’ail », né en 1923 à Peyrehorade, maçon à Orthevielle. Résistant au « Groupe Manauthon » du Pays d’Orthe, blessé le 16 mai 1944 par un gendarme à Thil, sans doute porté par erreur car décédé des suites de ses blessures à l’Hôpital de Dax le 19 juin. Charge de famille : 4 personnes

« Familles de F.F.I. ou tués » :

  • ELISSETCHE (inconnu)

« Enfants des déportés politiques (non rapatriés) » :

  • Georges MARLIER, né en 1897 à Lille, menuisier, employé SNCF, travailleur civil en Allemagne, arrêté par la police de Halle en juin 1943, interné le 28 août au camp de concentration de Büchenwald, mort le 10 février 1945 au kommando d’Ellrich. Un enfant de 17 ans (« pas dans le besoin »).
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Fiche de détenu de Georges Marlier – Archives de bad Arolsen
  • Haïm/Henri Bention SZKLARZ, né le 27 avril 1906 à Bodzanow (Pologne) dans une famille juive, naturalisé en 1929. Tailleur, il épouse Madeleine HOUZET, dont il divorce ; ils ont une fille, née en 1929. Installé dans les Landes en 1934, marchand-ambulant, il habite dès 1936 à Dax, 2 rue des Faures. Il vit alors avec Marie-Claire CAZAUX, couturière (qui a déjà une fille), ils ont ensemble un fils en 1937.
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Recensement de Dax (1936) – AD 40

Au début du mois de juin 1942, il franchit clandestinement la ligne de démarcation et se réfugie à Séméac (Hautes-Pyrénées), et travaille à l’arsenal de Tarbes. Dénoncé, il est arrêté en avril 1943, interné à la prison de Fresnes, transféré à Drancy le 17 avril 1943 (matricule 20617, 2e étage, escalier 15). Le 29 avril 1943, il est mis à la disposition du SD de Maisons-Laffitte (Seine-et-Oise) pour travailler dans l’agriculture. Il rejoint alors le camp d’Orgeval et le 24 mai est envoyé au fort de Romainville. Le 16 août 1943, il est déporté depuis la gare de l’Est dans un petit convoi qui l’emporte à Sarrebruck Neue Bremm. Alors que les déportés politiques emmenés en Allemagne par ces petits transports ont connu des conditions de voyage relativement clémentes, il n’en est pas de même pour les quelques juifs incorporés à ces mêmes convois, qui furent battus, humiliés, contraints de nettoyer les toilettes ou le sol des voitures. Le 27 août 1943, il arrive à Mauthausen (matricule 34621) avec le premier groupe de « Nacht-und-Nebel » ayant transité par Sarrebruck et transférés en Autriche. Peu après son arrivée, comme les trois autres hommes enregistrés comme juifs de ce convoi, et conformément au sort particulier réservé à cette époque aux détenus enregistrés comme tels, il rejoint le Block 5. Le 13 décembre 1943, il est abattu par le SS Georg Heidt sous le prétexte fallacieux de « tentative de fuite ».

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Bulletin de décès de Haïm Szkalrz – Archives de bad-Arolsen

Après-guerre, « les enfants sont élevés par leur tante, la mère ayant quitté le domicile » (à Dax, quartier Peyrouton).

Chaïm Szklarz a obtenu le titre de déporté politique le 20 juin 1964.


Sources :

https://francearchives.gouv.fr/fr/findingaid/048883be6b9743440cce35e5c0f6009e9996b866

https://www.museedelaresistanceenligne.org/expo.php?expo=75&theme=135&stheme=287&sstheme=669

« Maitron des fusillés » : https://fusilles-40-44.maitron.fr/

Archives départementales des Landes et de la Gironde