Alban DUBROU est né à Lencouacq, à la ferme du Graouillé, le 17 mai 1924, fils de Jean dit « Emile », propriétaire-exploitant (plus tard bûcheron-résinier), et de Marie DUSSILLOS, ménagère.
Dès 1936, il est enfant de troupe, élève à l’École militaire préparatoire de Billom (Puy-de-Dôme). En juin 1940, l’école est évacuée, sous les bombardements.



Il regagne la maison familiale, où il peut observer les larmes (de rage) de son père au moment de l’arrivée des Allemands à Lencouacq, qui doit « accueillir » un détachement de S.S.
Il intègre alors l’Ecole militaire secondaire d’Autun, repliée à Valence (Drôme). Il y est en contact avec des Gaullistes.




Décidé à embrasser la carrière militaire, il choisit le 43e Régiment d’Infanterie Coloniale de Bizerte (Tunisie), mais les rumeurs de débarquement allié en Afrique du Nord rendent cette affectation impossible, et il s’engage finalement en novembre 1942 au 18e RI à Pau


Mais le 11, Allemands envahissent la Zone Non Occupée, ils sont à la Caserne Bernadotte et le jeune Alban DUROU doit, avec ses camarades, déposer les armes dans la cour d’honneur devant les occupants.
Cette humiliation signe le début de son engagement dans la Résistance.
Après son service militaire, il rentre au Graouillé en 1942 et rejoint le maquis sous couvert d’activité forestière auprès de l’entrepreneur Miailhe, basé à Labrit (il est employé comme chef de chantier d’exploitation forestière de juillet 1943 à juillet 1944). Il peut ainsi, en pleine forêt, à des kilomètres de toute présence humaine, camoufler et ravitailler des réfractaires du S.T.O., des réquisitionnés de l’Organisation Todt évadés, etc.

A partir de février 1944, contacté par un officier de son ancien 18e Régiment d’Infanterie, membre de l’O.R.A. (Organisation de Résistance de l’Armée), c’est avec une quinzaine de forestiers de la papeterie de Roquefort qu’Alban DUBROU, tout juste âgé de 20 ans, commence à constituer un maquis. Ils s’entrainent avec le maigre armement dont ils disposent, ou que les différents autres groupes de résistance veulent bien leur prêter.
A l’annonce du débarquement de Normandie, il signe son engagement formel le 5 juin 1944, participant avec le capitaine CROHARE à la création de la 7e compagnie du Corps Franc-Pommiès (rattaché à l’O.R.A.).

Dénoncé, il échappe de peu à l’arrestation par les Allemands le 13 août 1944 et entre dans la clandestinité.
Le 18 août, les groupes de résistance de Lencouacq, Arue et Roquefort fusionnent à Sarbazan. Toujours sous-armés, ils récupèrent à Saint-Mont (Gers) fusils, grenades, fusil-mitrailleur, uniformes (issus des parachutages alliés).

Le 21 août au matin, sa section est déposée à l’entrée sud-est de Mont-de-Marsan (Mont-Alma), évacuée par les Allemands. Après avoir défilé dans les rues de la ville, il reçoit la mission d’explorer et sécuriser le secteur Pépinière/Clinique des Landes/Base aérienne.
Vers 20 heures, sa section est envoyée au Pont de Bats, afin de s’opposer à l’avancée d’une colonne allemande venue de Dax.
Dans la soirée, nous sommes rappelés en urgence à la préfecture pour partir en renfort sur la route de Bayonne, d’où l’on entend le crépitement des tirs de fusils. Nous apprenons que les Allemands tentent d’entrer dans Mont de Marsan. On nous distribue un paquet de cigarettes à chacun et une bouteille de rhum pour quatre.
Sur ces entrefaites, arrive le capitaine CROHARE. Il vient chercher des renforts pour soutenir ses deux sections de chasseurs, confrontées aux troupes allemandes à Cère. Il ne peut pas repartir. Ordre lui est donné par le capitaine TRAMON de rejoindre le pont de Bats avec les chasseurs de la section DUBROU.
Après avoir contourné la ville, un camion nous dépose derrière l’église de Saint-Pierre-du-Mont. De là, nous partons à pied à travers champs et bois vers le pont de Bats. Aux environs de 20 heures, après une accalmie des tirs, nous nous postons sur la voie ferrée. Nous apercevons les Allemands qui se regroupent dans des camions, tous feux éteints, éclairés avec de petites loupiotes, pour tenter de revenir vers la ville (témoignage d’Henri Dupouy).

Les combats reprennent, ils sont intenses, et le capitaine CROHARE est tué aux côtés d’Alban DUBROU. Les Allemands rebroussent chemin vers Dax.
Le 3 septembre, Alban DUBROU et ses hommes sont dirigés vers le nord, ils entrent dans Bordeaux, où ils constituent, avec d’autres, « l’Artillerie CARNOT » (qui deviendra le 1er R.A.C., puis le 196e R.A.). Il est promu maréchal des logis-chef.

Au sein de cette unité, il combat en Médoc à Vendays, Montalivet.

Il est blessé le 1er décembre blessé à la bataille de la Pointe de Grave. Ce qui ne l’empêchera pas de reprendre le combat sur le front de l’Atlantique jusqu’à l’île d’Oléron, où il débarque le 30 avril 1945. « Le premier mai, je me suis baigné dans l’océan et ça a marqué la fin des combats pour moi ».

Quelques jours seulement après son dernier combat, il passe les concours et intègre la prestigieuse École militaire de Saint-Cyr. Devenu officier, il est appelé pour défiler à Berlin le 14 juillet 1945.
Il est décoré de la Croix de guerre par le général de Gaulle.
Puis, se fixant pour de bon à Lencouacq, il épouse le 21 septembre 1946 Gisèle Mouneyre, qui lui donne une fille, Michou.
Après ces combats, Alban DUBROU poursuit sa carrière dans l’armée. « J’ai fait tous mes services avec des Nord-Africains, dont je garde une estime terrible. Quand on vous dit après tout ça qu’il faut aller se battre contre eux, alors qu’ils étaient avec vous en Indochine ou en Italie, j’ai dit non. J’ai abandonné le métier. » Alban DUBROU part alors travailler dans une exploitation de bois à Bergerac et parcourt le globe pour son travail
Très investi dans le milieu associatif, conseiller municipal en 1959 puis maire de 1966 à 1989, il est l’un des fondateurs du « Musée de la Résistance » de Mont-de-Marsan, devenu aujourd’hui le Centre Pédagogique de la Résistance et de la Déportation.
Jusqu’à plus de 90 ans, il témoigne inlassablement auprès des jeunes dans les établissements scolaires.
Jean Croharé, fils du capitaine, lui a remis la Légion d’honneur en août 2017, et il était encore présent aux célébrations du 80e anniversaire de la Libération de Mont-de-Marsan.

Alban DUBROU nous a quitté le 6 juillet 2026 à Mont-de-Marsan, à l’âge de 102 ans.