Henri BROUDO est né le 7 novembre 1914 à Salonique (Grèce), au sein d’une des plus importantes communautés juives séfarades, fils de Mordechai/David (directeur d’une école française privée, décédé en 1920) et de Loutsa/Loutcha/Lucia/Lucie VEISSID.

Toute la famille travaille dans la confection. En 1917, le grand incendie de Salonique réduit à néant toutes les années de travail et une partie de la famille se retrouve sur le port. Par prudence, Lucie BROUDO avait caché des objets de valeur dans le puits de sa maison et était retournée dans la maison pour les récupérer.




Après le décès du père, Lucie prend la décision de s’expatrier avec sa famille et choisit la France, terre d’accueil pour beaucoup d’étrangers, où ils débarquent à Marseille en 1920.

La famille, outre la mère, Lucie, est composée de ses huit enfants : Abraham dit « Albert » (né en 1901), Eléonore (née en 1902, épouse d’Isaac VEISSID), Joseph (né en 1905), Salomon dit « Sylvère » (né en 1907), Elie David (né en 1909), Sarica, Henri (né en 1914), et Juda dit « Léon » (né en 1916).

Ils s’installent à Elboeuf en Normandie (1921-1926). Les enfants entament des études et exerceront quasiment tous une profession autour de l’odontologie : pour les uns chirurgiens-dentistes, pour les autres prothésistes dentaires… Leurs études terminées, les BROUDO s’installent à Paris.
Henri habite Elbeuf jusqu’en 1926, puis s’installe comme dentiste à Paris IIe arrondissement, 60, rue Montmartre (1926-1938), puis 120 boulevard de l’Hôpital dans le XIIIe.

Il épouse en juillet 1939 Rachel SZPIRGLAS (née à Varsovie en 1919, naturalisée française en 1932, restée à Paris pendant la guerre, décédée en 2003). Une fille, Jacqueline Lucette, nait le 13 avril 1941 à Paris XII.

A la déclaration de guerre une bonne partie de la famille BROUDO (sauf Henri) arrive à Pornichet (Loire-Atlantique) le 6 septembre 1939 et s’installe Villa Edouard, rue du Moulin. Ils habitent ensuite au Pouliguen, puis regagnent la région parisienne en décembre 1941, la zone côtière étant interdite aux Juifs depuis l’automne.
Elie, mobilisé en 1939 et affecté au camp de Barcarès en tant qu’engagé volontaire, est fait prisonnier et parvient à s’évader.
Henri se porte également comme engagé volontaire en septembre 39 (non incorporé).

Le 5 novembre 1942, lors de la rafle des Juifs hellènes, Albert, Elie, Léon, leurs épouses ainsi que leur mère Lucie sont arrêtés avec leur sœur Eléonore, et son marie Isaac VEISSID. Ils sont tous internés au camp de Drancy et déportés dans les jours qui suivent. Joseph quant à lui sera arrêté en octobre 1943 et déporté sans retour. Seul Elie survivra, rapatrié en mai 1945 (décédé en 1998).
Henri quitte Paris le 3 novembre 1942 (sic, sans doute plutôt le 5, jour de l’arrestation du reste de la famille). Il est arrêté pour franchissement de la ligne de démarcation le 6 à Grenade-sur-Adour (il a dû la franchir à Mont-de-Marsan ou Saint-Sever) et interné à Gurs le 12 à 22h30 (Îlot 9, Baraque F). Il tente de s’évader en mars 1943, mais il est rattrapé et condamné à 8 jours de prison. Son transfert au Camp de Noé (Haute-Garonne) est prévu pour le 23 mars (il s’agit peut-être d’une mesure de représailles), mais il est finalement envoyé en zone interdite sur les chantiers Todt du Mur de l’Atlantique le 24.




Il travaille dans la région de Bayonne/Tarnos pour les entreprises « Reh, Blondel, Lachaize, Setal »…
Il est possible d’essayer d’identifier ces sociétés.
L’Organisation Todt (OT) n’était pas une entreprise de construction privée, mais un groupe de génie civil et militaire d’État du Troisième Reich, fondé par l’ingénieur Fritz TODT. L’OT agissait comme maître d’œuvre et passait des contrats avec de nombreuses entreprises privées allemandes, françaises et européennes pour bâtir les fortifications du Mur de l’Atlantique.
L’Organisation Todt planifiait, coordonnait et contrôlait donc les chantiers sans exécuter directement les travaux.
Elle faisait appel à un consortium de firmes de travaux publics privées pour construire les blockhaus et les bases.
Elle gérait l’approvisionnement en matériaux et l’affectation des travailleurs.
Le secteur de Tarnos était l’une des zones les plus puissamment fortifiées de toute la côte landaise pendant la Seconde Guerre mondiale. Enregistré sous l’immatriculation allemande Ba22, ce secteur protégeait l’accès stratégique au port de Bayonne.


Le paysage côtier de Tarnos (notamment vers la plage de la Digue et la plage du Métro) conserve d’impressionnants vestiges en béton armé, notamment la Tour Barbara (Regelbau S487) : un poste de direction de tir monumental de 20 mètres de haut, le Bunker du Métro (Regelbau 627) ou bien des soutes géantes : le bunker Regelbau M145, une immense soute de stockage de munitions aujourd’hui en ruines, qui nécessita à elle seule plus de 1 300 m³ de béton armé.
Les entreprises REH, SETAL, et Blondel étaient des compagnies privées de construction et de travaux publics qui ont agi comme sous-traitants pour l’Organisation Todt.
L’armée allemande concevait les plans et déléguait le coulage du béton à un consortium de firmes allemandes et françaises.
L’entreprise REH était une entreprise générale de construction lourde allemande.Elle disposait de grosses machines, comme des bétonnières industrielles déportées et des réseaux de voies ferrées étroites pour acheminer le gravier et le ciment sur les dunes.
Les entreprises SETAL, Blondel, Lachaize sont des entreprises françaises de travaux publics qui ont collaboré avec l’occupant. Nombre de ces firmes locales ou nationales ont accepté ces chantiers pour des raisons financières très lucratives, ou pour éviter que leurs ouvriers ne soient envoyés travailler directement en Allemagne. Sous les ordres des ingénieurs allemands et de la firme REH, SETAL et Blondel s’occupaient des tâches de terrassement, du transport des matériaux (sable, eau, bois de coffrage) et de la construction de structures secondaires (casemates de moindre importance, soutes à munitions, tranchées bétonnées).




Ces trois entreprises utilisaient une main-d’œuvre mixte, orchestrée par l’Organisation Todt : leurs propres ouvriers volontaires ou requis (parfois logés dans des camps locaux), des travailleurs issus du S.T.O., des prisonniers de guerre, prisonniers coloniaux (notamment sénégalais et nord-africains) internés dans la région, ou bien des détenus dans les camps d’internement comme Gurs. forcés aux travaux les plus pénibles (creuser les dunes à la pelle, porter les sacs de ciment). Logés dans des baraques en bois soumises au vent des dunes, la nourriture était rationnée, les horaires extensifs (jusqu’à 12 heures par jour) et la discipline militaire allemande féroce.
Pour loger cette main-d’œuvre, l’Organisation Todt a mis en place un réseau de camps de travail et d’hébergement directement implantés à Tarnos et ses environs immédiats (Boucau, Bayonne). L’emplacement de ces campements répondait à une logique militaire simple : être au plus près des chantiers côtiers (pour éviter les longs déplacements) et être reliés aux axes de transport (voies ferrées et routes). Les cantonnements de Bayonne (Mousserolles et Polo Beyris), de l’autre côté de l’Adour, servaient de réservoirs de main-d’œuvre. Chaque matin, des camions ou des trains de chantier amenaient les travailleurs requis et les prisonniers depuis ces camps vers la zone fortifiée de Tarnos.
Mais Henri BROUDO est arrêté le 15 mai 1943 à Tarnos, expulsé comme juif (avec 21 autres), puis dirigé par erreur sur le camp de St-Sulpice (Tarn). Il est renvoyé à Gurs (« le 13 mai », sans doute plutôt le 17).
En juin, il fait partie au camp de la C.T.H., la Compagnie de Travailleurs Hébergés. Elle assurait les corvées d’entretien du camp en échange de conditions de vie légèrement améliorées : vidange des tinettes, culture des friches du camp, coupe du bois et service d’ordre intérieur. Ces travailleurs recevaient des suppléments de nourriture et un meilleur hébergement.
Il dépose à ce moment-là une demande de libération pour se rendre chez Mme BRENIER à Grenoble (refus du préfet de l’Isère, « en raison du trop grand nombre d’étrangers résidant actuellement dans [son] département »).




Il est transféré le 17 septembre 1943 au camp de Noé, dans la région toulousaine. À partir du mois de septembre, la préfecture régionale de Toulouse fait de Noé un centre de triage et de transit des détenus des camps du sud de la France, qui ferment les uns après les autres, et y réunit des centaines de Travailleurs Étrangers, la plupart juifs (211 en septembre), destinés à être livrés aux Allemands. Certains seront transférés à Drancy et déportés en Pologne.

Henri parvient lui à s’évader, grâce à l’aide de sa femme. Il se cache jusqu’à la libération.
En décembre 1944, il habite à Pau, 42 rue du 14 juillet.
Henri BROUDO s’adressera au Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre afin de régulariser l’état civil de son frère Albert, décédé en déportation, et d’obtenir pour celui-ci le statut de déporté politique.

Il est décédé le 21 décembre 2011 à Mougins (Alpes-Maritimes), à l’âge de 97 ans.
Sources :
https://fr.timesofisrael.com/pret-a-publieril-y-a-un-siecle-brulait-salonique-la-juive
Sur Noé : https://www.persee.fr/doc/anami_0003-4398_1992_num_104_199_3750