Manuel RUIZ (alias RUIS), dont la signature maladroite figure à la fin de la lettre, a dicté ce courrier, sans doute à un camarade ou à un des membres du personnel de l’hôpital de Gabarret, afin de prier le secrétaire du « Bureau des Déportés » de Mont-de-Marsan d’annoncer le décès de son compagnon de déportation et de captivité Joseph STRYSZYK à ses parents.


Joseph STRYSZYK (ou STRIZYCK) est né le 24 août 1922 à Lucin (aujourd’hui, semble-t-il, Lucina en République Tchèque), fils de Maximin. Joseph est parfois qualifié de polonais, sans doute parce que sa ville de naissance appartenait au duché de Teschen, qui fut partagé en 1920 entre la Pologne et la République Tchèque, et occupé par la Pologne en 1938. La famille est installée à Gabarret (à la ferme Mirande),
Joseph est raflé par les Allemands le 21 avril 1944, lors de la grande opération de répression qu’ils mènent dans le nord-est des Landes. Transféré à Compiègne, il est déporté le 21 mai par un convoi de 2.000 hommes (qui ne comptera que 40 % de survivants), arrivé le 24 à Neuengamme (« Neuingam » dans le document), dans la région de Hambourg. Il est affecté au kommando de Salzgitter/Watenstedt/Leinde, à 2 km au sud-est de Brunswick, qui travaille pour les entreprises Göring (aciéries, obus). C’est un Zivilarbeiterlager, camp de travailleurs civils. Gravement malade, il intègre l’infirmerie du camp et décède le 14 février 1945 à Watenstedt. Sa famille (composée de ses parents et de ses frères et sœurs), restée à Gabarret, reçoit un secours de 1.000 francs après la libération.


A la fin de l’année 1946, son père Maximin entreprend des recherches afin de connaître le sort de son fils, en s’adressant au « Central Tracing Bureau » de l’U.N.R.R.A., sans succès. Enfin, en 1949, la famille se résout à entamer une procédure visant à faire déclarer judiciairement l’absence de Joseph.
Il semble que Joseph ait participé à la résistance dans la région de Gabarret, comme l’indique son père dans sa demande de carte de déporté politique : « aide au groupe de résistance Kuck Hilaire ». Il faut comprendre « Buck Hilaire ». « Hilaire », pseudonyme de George STARR, était en effet le représentant, dans le Gers et l’est des Landes, du réseau « Buckmaster ». Maurice Buckmaster était le chef de de la section F du services secrets britanniques, le SOE (Special Operations Executive), section chargée des actions de sabotage et du soutien à la Résistance intérieure française.

Manuel RUIZ LEIVA est né le 12 janvier 1918 à Grenade en Espagne (alias à « Quejada », il existe une rue Quijada à Grenade…).
Vraisemblablement intégré à un G.T.E. (Groupement de Travailleurs Étrangers), il serait arrivé à Gabarret en janvier 1944. Manuel est lui aussi raflé et déporté avec Joseph STRYSZYCK à Neuengamme et y reçoit le matricule 31969, interné au block 12. Il reçoit les mêmes affectations que son camarade et a la douleur d’assister à sa fin. A l’approche des armées alliées, il est évacué au kommando de Wöbbelin en avril 1945. Libéré sans doute le 2 mai par les Américains (alias à Ravensbrück), il est rapatrié le 25 mai via le centre de Lille du Ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés ; il revient habiter à Gabarret et obtient le statut de « Déporté Politique ».

Sources :
Archives du CPRD (Fonds Dupau)
Archives départementales des Landes
Archives de Bad Arolsen